Pour comprendre pourquoi les hommes ne peuvent s’empêcher de fournir des solutions pour tous les problèmes, y compris les plus minimes, il faut nous pencher sur le fonctionnement du cerveau masculin.

« Mon compagnon commence à m’exaspérer sérieusement avec sa manie de toujours me fournir les solutions clé en main pour tous les problèmes de la vie quotidienne, que je le veuille ou non ! Pas un domaine de ma vie qui lui échappe... Je lui raconte ma journée, je lui expose ce que j’ai ressenti à tel ou tel moment et le voilà qui se lance dans un énième topo pour m’expliquer ce que je dois dire, penser ou faire ! C’est sûr il est très doué pour résoudre toutes sortes de problèmes pratiques, robinets qui fuient, fusibles qui sautent, problèmes mécaniques et informatiques divers, etc. En revanche quand il s’agit d’écouter, il se met aux abonnés absents. Et si je ne suis pas ses conseils, gare ! »
Carine, qui en a par-dessus la tête.

Pour comprendre pourquoi les hommes ne peuvent s’empêcher de fournir des solutions pour tous les problèmes, y compris les plus minimes, il faut nous pencher sur le fonctionnement du cerveau masculin.

Autrefois, l’homme était un chasseur, et sa principale contribution à la survie de l’espèce résidait dans son aptitude à atteindre une cible en mouvement afin de pouvoir nourrir la tribu. Il fallait donc savoir viser avec précision les proies comestibles ou encore les ennemis de la tribu adverse quand ils s’étaient mis en tête de voler leurs vivres ou de menacer leur famille. C’est cette urgence vitale qui explique l’importance chez eux d’une zone « visuelle- spatiale » leur permettant d’accomplir leur mission existentielle première : atteindre des cibles et résoudre des problèmes. Le résultat, c’est l’obsession masculine du résultat : les hommes se jugent et se définissent à l’aune des solutions qu’ils échafaudent et des résultats qu’ils obtiennent. C’est pour cette raison que les hommes adorent porter l’uniforme et des casquettes avec des insignes qui proclament leur compétence et leur aptitude à résoudre les problèmes. Les hommes, généralement convaincus qu’ils sont les plus aptes à régler leurs propres problèmes, ne voient pas de raison d’en discuter avec qui que ce soit. Un homme ne soumettra son problème au jugement d’autrui que s’il a besoin de l’avis d’un expert et qu’il juge cette démarche stratégiquement judicieuse. Autre avantage, l'homme à qui l’on demande son avis se sent honoré par cette requête.

Un homme qui se voit offrir par une femme un conseil qu’il n’a pas sollicité a tendance à l’interpréter comme un jugement négatif sur sa compétence : on lui suggère qu’il incapable de résoudre ses problèmes seul. Et donc, il confiera rarement ce qui le tracasse. Il va, en revanche, proposer des conseils et des solutions, alors que les conseils, surtout de la part d’une femme, ne sont pas les bienvenus.

Pourquoi les hommes exaspèrent les femmes avec leurs solutions

Le cerveau féminin est conçu pour la communication orale et le but de la communication orale est... de parler. La plupart du temps, la femme ne recherche ni réponses ni solutions. Cette différence entre les sexes explique les malentendus constants que vivent la plupart des couples et qui poussent l’un à l’autre à se demander s’ils ont vraiment trouvé l’âme sœur. À la fin de la journée, la femme a besoin de raconter ce qui lui est arrivé et de partager son vécu avec son compagnon. Lui a l’impression qu’elle lui demande de régler ses problèmes et se met à échafauder des solutions. Mais voilà que sa chère et tendre s’énerve parce qu’elle a l’impression que son interlocuteur n’écoute pas et lui s’irrite parce qu’elle rejette ses conseils. « Tu ne peux pas te contenter d’écouter en silence ? lui lance-t-elle en se dirigeant vers la porte. - Si mon opinion ne t’intéresse pas, tu n’as qu’à ne pas me la demander ! rétorque-t-il, outré, tandis qu’elle claque la porte derrière elle. » Et tous deux restent sur l’impression que leur opinion compte pour du beurre... Il s’estime attentionné et aimant, elle le juge indifférent et suffisant.

Étude de cas : Évelyne et Jérôme

Evelyne a eu une dure journée au travail : son patron ne l’a pas laissée souffler une minute, elle s’est prise des réflexions pour un ratage administratif, elle a perdu son sac et s’est brisé un ongle. Tout va mal et il faut qu’elle se confie à Jérôme quand elle le retrouvera à la maison. Elle lui téléphone donc pour savoir à quelle heure il a l’intention de rentrer puis prépare un bon dîner dans l’espoir qu’elle aura une longue discussion avec lui. Il sera attentionné et compatissant, se dit-elle. Elle lui confiera tout ce qu’elle a sur le cœur et se sentira beaucoup mieux après. Elle veut qu’il l’écoute, elle veut se sentir aimée, réconfortée, rassurée sur sa capacité à régler ses problèmes. Mais Jérôme, lui aussi, a eu une journée difficile. Il a quitté le travail sans avoir fini de bosser sur des dossiers qui doivent être prêts pour le lendemain. Il y réfléchit durant tout le trajet de retour à la maison. Il sait, à cause du coup de fil, qu’Évelyne a eu une sale journée, mais il a vraiment besoin de la soirée pour régler ses propres problèmes. En arrivant à la maison, après un bref salut à sa compagne, Jérôme se jette sur le canapé et regarde les nouvelles à la télé. Elle s’active à la cuisine et lui annonce que le dîner sera prêt dans un quart d’heure. Il pense : « Parfait ! Quinze minutes de paix avant de passer à table », elle se dit : « Génial ! Un quart d’heure pour discuter avant de dîner.» Évelyne : « Comment s’est passée ta journée, chéri ? » Jérôme : « Très bien. » Évelyne : « Moi, j’ai eu la pire journée de ma vie et je n’en peux plus ! » Jérôme : « Tu n'en peux plus de quoi ? » Évelyne : « Mon patron est insupportable ces temps-ci. Quand je suis arrivée ce matin, il m’a passé un savon parce que je n’avais pas fini la nouvelle campagne de pub. Ensuite il m’a annoncé qu’il la voulait pour la fin de la semaine, qu’il avait donné rendez-vous au client lundi prochain et que j’avais intérêt à être au point. Quand je lui ai répondu que la campagne n’était pas prête parce que je travaillais sur le dossier Dupont, qui était soi-disant « urgent », et que je n’avais pas le temps de boucler les deux projets en quelques jours, il m’a coupée, me disant qu’il n’avait pas le temps d’écouter mes excuses. Il veut avoir la campagne sur son bureau avant que je quitte le bureau vendredi. Tu imagines ? Il n’a même pas voulu m’écouter... (Évelyne refoule un sanglot), puis il a changé de sujet et m’a annoncé qu’il me verrait à dix-huit heures vendredi pour qu’on revoie ensemble tous les détails. Je n’ai plus qu’une envie, lui flanquer ma démission. Je n’en peux plus... Jérôme : « Écoute, ma chérie, c’est simple. Tu n’as qu’à lui dire que tu ne peux pas achever les deux projets et lui demander duquel il a besoin en premier. Va le voir demain matin, dis-lui que le délai est trop serré, et qu’il doit reporter son rendez-vous ou te donner quelqu’un pour avancer sur les deux dossiers. » Évelyne (visiblement à cran) : « Je ne peux pas le croire ! Je te parle de mon patron qui passe son temps à me donner des directives sans jamais m’écouter et tu commences à me dicter tes consignes... Si, pour une fois, tu te contentais de m’écouter ? J’en ai marre des mecs qui ont réponse à tout. » Jérôme : « Écoute, Évelyne, si mon opinion ne t’intéresse pas il ne faut pas venir me raconter tes problèmes. Débrouille-toi toute seule et ne vient pas te plaindre. J’ai mes problèmes moi aussi et, soit dit en passant, je les règle tout seul comme un grand ! » Évelyne (au bord des larmes) : « Eh bien, va te faire voir ! Je trouverai bien quelqu’un qui saura m’écouter sans se croire obligé de me faire la leçon ! Quant à ton dîner, tu te le mangeras seul ! Je sors et je ne sais pas quand je rentrerai ! » Ce scénario, avec des variantes, est un grand classique des couples du monde entier. Évelyne se sent abandonnée, mal aimée et blessée. Jérôme se sent désorienté et dévalorisé parce qu’Évelyne a critiqué ce qu’il croit être sa compétence n° 1 : résoudre les problèmes.

Comment Jérôme aurait-il dû s’y prendre ?

Rejouons cette scène et voyons comment Jérôme aurait pu N'épargner un début de soirée si calamiteux. Évelyne : « Comment s’est passée ta journée, chéri ? » Jérôme : « Très bien. J’ai eu quelques problèmes au boulot que je dois régler ce soir et les choses iront beaucoup mieux après une bonne nuit ! » Évelyne : « Eh ben moi, ça a été la pire journée de ma vie et je n’en peux plus ! » Jérôme : « Oh non, pauvre chérie ! Tu vas me raconter tout ça, mais laisse-moi juste un quart d’heure pour réfléchir aux problèmes que je dois régler, ensuite je me consacrerai entièrement à toi.» Évelyne : « OK, je t’appellerai quand le dîner sera prêt. Tu veux un verre de vin tout de suite ? » Jérôme : « Oh oui, merci, chérie, avec plaisir ! » Jérôme a maintenant un peu de temps pour penser à ses problèmes. Évelyne, de son côté, est rassurée : une oreille aimante est là pour elle et elle va pouvoir décharger son cœur. Ensuite, sans nul doute, tout ira mieux. Voici maintenant un bref aperçu du dîner, tel qu’il devrait se passer : Évelyne : « Mon patron est insupportable, ces temps- ci. Quand je suis arrivée ce matin, il m’a passé un savon parce que je n’avais pas fini la nouvelle campagne de pub. Puis il m’a dit qu’il la voulait pour la fin de la semaine, qu’il avait donné rendez-vous au client lundi prochain et que j’avais intérêt à être au point. Quand je lui ai répondu que la campagne n’était pas prête parce que je travaillais sur le dossier Dupont, qui était soi-disant ‘'urgent”... » Jérôme (l’air sincèrement compatissant) : « Mais chérie, c’est terrible ! Il ne se rend pas compte de tout le travail que tu abats ? Tu as l’air tellement stressée... » Évelyne : « Tu ne peux même pas imaginer à quel point ! Quoi qu’il en soit, je me suis mise à lui expliquer que la campagne n’était pas finie parce que le projet Dupont me prenait tout mon temps. Mais, au milieu de mon explication, il m’a coupée pour me répliquer qu’il n’avait rien à faire de mes excuses et qu’il voulait la campagne sur son bureau d’ici vendredi soir dernier délai. Tu te rends compte ? » Jérôme (l’air soucieux et résistant à l’envie de donner un conseil) : « Il m’a l’air particulièrement pénible en ce moment... » Évelyne : « Il n’a rien voulu entendre. Il a changé de sujet et m’a dit qu’il me verrait à dix-huit heures vendredi pour revoir le dossier avec moi. Je suis tellement sous pression que je suis au bord de lui flanquer ma démission. » Jérôme (passant son bras autour de son épaule) : « Tu as eu une journée vraiment difficile, chérie. Qu’est-ce que tu aimerais faire ? » Évelyne : « Je vais me coucher, passer une bonne nuit et me lever tôt et si je ne me sens pas mieux demain, j’aimerais que tu m’aides à faire le point à ce moment-là. Je suis trop fatiguée et trop stressée pour en parler ce soir. Merci de m’avoir écoutée, chéri. Je me sens déjà beaucoup mieux... » En s’abstenant de proposer des solutions immédiatement, Jérôme a évité une dispute, il a eu un dîner chaud et il n’a pas passé la nuit sur le canapé du salon. En laissant à Jérôme le temps dont il avait besoin, Évelyne a évité l’escarmouche habituelle et s’est sentie réconciliée avec elle et sa vie.

Comment faire des affaires avec le sexe opposé

Les hommes et les femmes ne font pas du tout des affaires de la même façon, et si les deux sexes ne font pas l’effort f de comprendre toutes les implications de cette différence, leurs relations d’affaires peuvent s’avérer désastreuses. Avant d’aborder le vif du sujet, les femmes veulent d’abord établir un rapport personnel avec leur interlocuteur. Elles auront tendance à parler de choses et d’autres, souvent de sujets très personnels, afin de mieux savoir à qui elles ont affaire et si le personnage quelles ont en face d’elles est fiable. Les hommes, la plupart du temps, se méprennent complètement sur cette approche. Parfois, ils l’assimilent à une tentative de séduction et ils s’imaginent presque toujours qu’on leur demande conseil. Ce qui les autorise à proposer des solutions et à conseiller leurs interlocutrices sur ce qu’elles doivent dire, penser ou faire, attitude qui déplaît fortement à celles-ci. La femme à qui un inconnu prétend dicter sa conduite risque fort de faire une croix sur ce personnage incapable d’écouter : elle craint de n’avoir pas son mot à dire s’ils font des affaires ensemble, Devant les réticences qu’elle montrera à s’engager dans une relation d’affaires avec lui, le partenaire repoussé, convaincu d’avoir réagi adéquatement, sera évidemment déconcerté. Les hommes doivent comprendre que si l’on: veut faire des affaires avec une femme, il est préférable de nouer un rapport personnel avec elle. Quant aux femmes, elles doivent réaliser que les discussions personnelles mettent les hommes mal à l’aise et qu’ils préfèrent aller droit au but. Une fois que chaque partie a compris le fonctionnement de l’autre, elles sont beaucoup plus disposées à trouver un compromis, ce qui permet l’établissement d’une relation professionnelle bien plus solide à long terme.

Comment éviter une dispute

Quand une femme est énervée ou stressée et qu’elle a besoin de parler, la technique la plus simple consiste pour elle à dire à son interlocuteur : « J’ai besoin de parler de différentes choses avec vous. Je n’ai pas besoin de solutions, je désire seulement que vous m’écoutiez. » Un homme à qui on indique exactement ce qu’on attend de lui est mis en confiance. Quand une femme parle et que son interlocuteur ne sait pas si elle recherche des solutions ou si elle souhaite seulement qu’on l’écoute, il suffit de lui demander : « Voulez-vous que je vous écoute comme un homme ou une femme ? » Si la réponse est : « Une femme », il n’a qu’à écouter. En revanche si elle attend de lui qu’il écoute comme un homme, il peut proposer conseils et solutions. En précisant ainsi la règle du jeu, nos deux interlocuteurs ne mettent à l’abri d’un éventuel malentendu. En résumé, hommes et femmes ne donnent pas le même sens aux conseils : le donneur de conseils se sent attentionné et aimant alors que celle qui les reçoit peut se sentir mal écoutée. La leçon à tirer est simple mais capitale : pour un homme, il s’agit d’écouter avec empathie, surtout si son interlocutrice est énervée et, s’il n’est pas sûr de ce qu’elle attend de lui, le mieux est de lui poser tout simplement la question. Si vous êtes une femme, dites clairement à votre confident ce que vous attendez de lui.